BrésilDossier1968-2003Minas Gerais, São Paulo
L'affaire Pedro Rodrigues Filho
Pedro Rodrigues Filho, né en 1954 dans le sud du Minas Gerais, a été condamné au Brésil pour soixante et onze homicides, dont une grande partie ont été commis en détention contre d'autres prisonniers. Arrêté en mai 1973, à dix-huit ans, il a vu ses peines s'additionner jusqu'à plusieurs centaines d'années, alors que le droit brésilien limitait à trente ans la durée effective d'emprisonnement. Libéré en 2007 après quelque trente-quatre ans de prison, il a été arrêté de nouveau en 2011 pour des faits de mutinerie et de séquestration commis en détention, puis libéré en 2018. Devenu commentateur d'affaires criminelles sur YouTube, il a été présenté par une partie des médias comme un « justicier », une image complaisante qui reposait sur ses seuls récits et qu'aucune décision de justice ne valide. Il a été tué par balles le 5 mars 2023 à Mogi das Cruzes, près de São Paulo ; en novembre 2024, la police a mis en cause un suspect présenté comme membre du Primeiro Comando da Capital, sans qu'un jugement ait été rendu à notre connaissance.
Les faits
Pedro Rodrigues Filho est né le 29 octobre 1954 à Santa Rita do Sapucaí, une petite ville du sud de l'État du Minas Gerais, au Brésil. Ce que l'on sait de son adolescence provient en grande partie de ses propres déclarations, reprises ensuite par la presse, et doit être lu avec prudence. Les sources ne s'accordent même pas sur l'âge auquel il aurait commis un premier homicide, à la fin des années 1960 : onze ans selon CNN Brasil, quatorze ans selon l'Estado de Minas et O Diário de Mogi. Wikipédia en portugais relève qu'un des épisodes qu'il racontait ne correspond à aucun registre connu.
Il a été arrêté le 24 mai 1973, à dix-huit ans. Il n'a quitté la prison que trente-quatre ans plus tard. Entre-temps, la plus grande partie des homicides pour lesquels il a été condamné ont été commis en détention, contre d'autres prisonniers : quarante-sept sur l'ensemble de ceux qu'il revendiquait, selon un décompte publié par ND+ en 2011 et repris par l'Estado de Minas en 2023, qui le présente comme une revendication de l'intéressé. Au total, la justice brésilienne a retenu soixante et onze homicides.
Comment l'enquête a abouti
Cette affaire ne ressemble pas à celles où la police recherche un auteur inconnu. Il n'y a pas eu de traque : Pedro Rodrigues Filho était identifié et détenu dès 1973, et l'essentiel de son dossier s'est constitué ensuite, à l'intérieur même des prisons de l'État de São Paulo. Chaque homicide commis contre un codétenu a donné lieu à une nouvelle procédure et à une nouvelle condamnation, qui s'ajoutait aux précédentes. C'est ainsi que le cumul de ses peines a atteint, selon les sources, près de trois cents ans dans les années 1980, puis environ quatre cents ans.
Le cœur du dossier est donc moins une enquête qu'une question de droit de l'exécution des peines. Le code pénal brésilien, dans son article 75, fixait à trente ans la durée maximale pendant laquelle une personne peut effectivement être privée de liberté, quel que soit le total des peines prononcées. Les condamnations successives sont « unifiées » dans cette limite. Mais le même article prévoit qu'une condamnation pour des faits commis après le début de l'exécution entraîne une nouvelle unification, sans tenir compte du temps déjà purgé. C'est vraisemblablement ce mécanisme, appliqué à chaque homicide commis en prison, qui explique qu'il ait passé trente-quatre ans en détention, au-delà du plafond, avant d'être libéré en 2007.
Sa sortie n'a pas mis fin aux poursuites. Le 15 septembre 2011, la police de Santa Catarina l'a arrêté dans une propriété rurale de Balneário Camboriú, sur le littoral sud du pays. Selon ND+, elle exécutait un mandat de la justice pénale de Franco da Rocha, dans l'État de São Paulo, pour des faits commis pendant sa détention : sept faits de mutinerie et une séquestration aggravée (cárcere privado). Il a été condamné à huit ans supplémentaires, selon la Revista Oeste et le Portal do Holanda. Il a été libéré en 2018, après environ quarante-deux ans de prison au total, selon Metrópoles, Jovem Pan et le Correio Braziliense.
L'histoire judiciaire s'est poursuivie après sa mort, mais en sens inverse. Le 5 mars 2023, vers 10 heures selon Terra, il a été tué dans une rue de Mogi das Cruzes, dans la région métropolitaine de São Paulo, par des hommes masqués qui ont pris la fuite à bord d'une voiture. Les faits ont été enregistrés comme homicide aggravé. Le lieu exact diverge selon les sources : devant son domicile selon Terra, devant la maison d'un proche selon O Diário de Mogi et Wikipédia. En novembre 2023, Metrópoles rapportait qu'aucun des trois suspects n'avait été arrêté, bien qu'un mandat ait été délivré contre l'un d'eux, et que la police considérait comme principale piste une implication du Primeiro Comando da Capital (PCC), la plus importante organisation criminelle de l'État. Le 13 novembre 2024, la police civile a annoncé avoir élucidé l'affaire et a mis en cause un homme de trente-deux ans, présenté comme un membre haut placé du PCC et déjà détenu depuis octobre pour d'autres faits ; selon les enquêteurs, la victime faisait obstacle au trafic de stupéfiants dans son quartier. La justice de Mogi das Cruzes a ordonné sa détention provisoire le 17 décembre 2024, et deux autres auteurs restaient recherchés, selon SBT News, le Jornal de Brasília et O Diário de Mogi. Nous n'avons pas trouvé trace d'un jugement depuis ; en l'absence de condamnation, les suspects ne sont pas nommés ici.
Chronologie de l'affaire
- Naissance de Pedro Rodrigues Filho dans cette petite ville du sud du Minas Gerais.
- Premier homicide qu'il aurait commis, alors qu'il était encore mineur. Son âge à ce moment diverge selon les sources (onze, treize ou quatorze ans) ; ces récits reposent largement sur ses propres déclarations.
- Arrestation, à dix-huit ans. Il ne sortira de prison que trente-quatre ans plus tard.
- Début d'une longue détention au cours de laquelle il tue d'autres détenus. Chaque nouvelle condamnation alourdit le cumul de ses peines.
- Le quotidien O Estado de S. Paulo lui consacre un entretien en prison ; selon CNN Brasil, qui s'appuie sur ces archives, le cumul de ses peines approche alors trois cents ans.
- Libération (le 24 avril selon Wikipédia en portugais) après quelque trente-quatre ans de détention, au-delà du plafond de trente ans d'exécution prévu par le code pénal, prolongé par les condamnations pour des faits commis en prison.
- Arrêté de nouveau en exécution d'un mandat de la justice pénale de Franco da Rocha, pour des faits de mutinerie et de séquestration commis en détention. Il est condamné pour ces faits à huit ans supplémentaires.
- Libération définitive, après quelque quarante-deux ans de prison au total. La date du 10 décembre, donnée par Wikipédia en anglais, est celle d'une dépêche de Folhapress qui le disait alors sorti depuis sept mois de la colonie pénale de Mongaguá, ce qui situerait sa libération au printemps. Il ouvre ensuite une chaîne YouTube.
- La loi n° 13.964 (dite « paquet anticriminalité ») porte de trente à quarante ans la durée maximale d'exécution des peines privatives de liberté. La réforme est générale et ne lui est pas liée.
- Il est tué dans une rue de la ville, en plein jour, par des hommes masqués qui prennent la fuite. Les faits sont enregistrés comme homicide aggravé.
- Huit mois après les faits, selon Metrópoles, aucun suspect n'a été arrêté ; la piste d'une implication du Primeiro Comando da Capital (PCC) est la principale ligne de l'enquête.
- La police civile annonce avoir élucidé l'homicide et met en cause un homme de trente-deux ans, présenté comme membre du PCC et déjà détenu pour d'autres faits. La justice de Mogi das Cruzes ordonne sa détention provisoire le 17 décembre ; deux autres auteurs restent recherchés.
Fiche de l'auteur
Pedro Rodrigues Filho
Condamné pour 71 meurtres, dont une grande partie commis en prison contre d'autres détenus, il a passé plus de 42 ans derrière les barreaux. Libéré une première fois en 2007 puis définitivement en 2018, il a été tué par balles dans une rue de Mogi das Cruzes (São Paulo) en mars 2023 ; en novembre 2024, la police a mis en cause un membre présumé d'une organisation criminelle, sans jugement à ce jour.
Les lieux liés à l'affaire
- Santa Rita do Sapucaí (Minas Gerais) — Naissance de Pedro Rodrigues Filho (29 octobre 1954) ; premiers homicides dans le sud du Minas Gerais, à la fin des années 1960, selon ses propres récits repris par la presse
- État de São Paulo (système pénitentiaire) — Lieu de l'essentiel de ses années de détention (1973-2007, puis 2011-2018) et des homicides commis contre des codétenus ; point placé à São Paulo, à titre indicatif
- Franco da Rocha (São Paulo) — Juridiction pénale (vara criminal) qui a délivré le mandat d'arrêt exécuté en septembre 2011, selon ND+
- Balneário Camboriú (Santa Catarina) — Nouvelle arrestation, le 15 septembre 2011, quatre ans après sa libération
- Mogi das Cruzes (São Paulo) — Lieu où il vivait après 2018 ; tué dans une rue de la ville le 5 mars 2023
Le procès et le verdict
Il n'y a pas eu, dans cette affaire, un procès unique mais une longue suite de jugements, rendus sur plus de trois décennies, à mesure que s'ajoutaient des homicides commis d'abord en liberté, puis surtout en détention. Le total retenu par la justice est de soixante et onze homicides, chiffre concordant chez CNN Brasil, Metrópoles, l'Estado de Minas et ND+ : ce sont ses victimes confirmées. Le chiffre de plus de cent victimes, très souvent repris, provient de ses propres affirmations et n'a jamais été établi judiciairement ; il relève des victimes suspectées.
Le cumul des peines prononcées est donné de façon divergente. ND+ et Wikipédia en anglais évoquent une première peine cumulée de 126 ans, Metrópoles et Wikipédia en portugais de 128 ans ; CNN Brasil, d'après les archives de l'Estadão, parle de près de trois cents ans dès les années 1980 ; ND+ (2011) et Wikipédia en portugais avancent environ quatre cents ans au total. Ces chiffres, impressionnants, ont toutefois peu de sens pratique : en droit brésilien, ce n'est pas la somme des peines qui détermine la durée de l'enfermement, mais une règle d'unification plafonnée.
Après sa libération de 2007, il a de nouveau été poursuivi pour des faits commis en détention, une mutinerie et une séquestration (cárcere privado) selon ND+ et Wikipédia. Il a été condamné à huit ans de prison supplémentaires, selon la Revista Oeste et le Portal do Holanda. Il a recouvré la liberté en 2018. Sa mort, en 2023, a éteint toute action le concernant ; l'enquête sur l'homicide dont il a été victime relève d'une autre affaire, dont les auteurs présumés, non jugés à notre connaissance, ne sont pas nommés ici.
Ce que l'affaire a changé
Nous n'avons trouvé aucune réforme du droit pénal ou pénitentiaire brésilien directement attribuable à cette affaire. Le dossier illustre en revanche, de façon extrême, la distance entre les peines prononcées et la durée effective de l'enfermement. Les totaux de plusieurs centaines d'années, abondamment repris en titre, n'avaient pas de portée concrète : seule comptait la limite de trente ans, recalculée à chaque nouvelle condamnation pour des faits commis en détention.
Cette limite a changé depuis. La loi n° 13.964 du 24 décembre 2019, dite « paquet anticriminalité », a porté à quarante ans la durée maximale d'exécution des peines privatives de liberté, comme le rappelle CNN Brasil. Cette réforme s'inscrivait dans un ensemble de mesures générales de politique pénale ; aucune des sources consultées ne la relie au cas de Pedro Rodrigues Filho, et elle ne s'appliquait pas à des faits antérieurs à son entrée en vigueur.
L'affaire pose aussi une question que la presse a moins traitée que la personnalité de l'auteur : celle de la sécurité des personnes détenues. La majorité des homicides retenus contre lui ont été commis contre des prisonniers placés sous la garde de l'État, pendant des décennies, dans des établissements de l'État de São Paulo. Ce que ces morts répétées disent des conditions de détention de l'époque n'a fait, à notre connaissance, l'objet d'aucune enquête publique consacrée à ce dossier.
Reste enfin la médiatisation. Après 2018, il a animé une chaîne YouTube consacrée au commentaire d'affaires criminelles et à sa conversion religieuse, gérée selon Wikipédia en anglais par une société de production ; les chiffres d'audience avancés varient fortement selon les sources. Il a été reçu dans de nombreux programmes et entretiens en ligne. Une partie des médias, au Brésil comme à l'étranger, l'a présenté comme une sorte de « justicier » qui n'aurait tué que des criminels. Ce récit complaisant ne résiste pas à l'examen : il émane de l'intéressé lui-même, qui, selon ND+ en 2011, présentait ses victimes comme des coupables. Les comptes rendus de presse mentionnent pourtant des homicides sans rapport avec ce prétendu code, et aucune décision de justice ne valide cette lecture. Pour les tribunaux, il s'agissait de soixante et onze homicides ; pour les victimes, de prisonniers qui purgeaient une peine, non d'une condamnation à mort que nul n'avait prononcée.
Profil psychologique : ce que disent les experts
Expertises judiciaires
Aucun rapport d'expertise psychiatrique le concernant n'a été publié en entier, et nous n'avons pu lire aucun des jugements rendus contre lui. La seule expertise dont la presse garde la trace est un rapport (laudo pericial) établi en 1982 par deux psychiatres, alors qu'il était détenu depuis neuf ans. Elle est connue par un reportage de l'hebdomadaire Época paru en 2003, que nous n'avons pas pu consulter directement et que reprennent O Globo et Wikipédia en portugais.
Toutes les sources consultées décrivent des condamnations à des peines de prison. Aucune ne mentionne une irresponsabilité pénale, ni la mesure de sûreté (medida de segurança), un internement en hôpital de garde et de traitement psychiatrique, que le droit brésilien prévoit dans ce cas. Son transfert à la Casa de Custódia de Taubaté, après une mutinerie de 1985, est présenté par Wikipédia en portugais comme un placement dans l'établissement alors jugé le plus sûr de l'État. Ces condamnations tranchent la culpabilité ; elles ne valent pas diagnostic.
Diagnostics publiés
Selon le reportage d'Época, tel que le citent O Globo et Wikipédia en portugais, les auteurs du rapport de 1982 auraient écrit que la principale motivation de sa vie était « l'affirmation violente de son propre moi », et auraient retenu un « caractère paranoïde » et une « antisocialité ». Wikipédia en portugais est la seule source ouverte à nommer ces experts, les psychiatres Antonio José Elias Andraus et Norberto Zoner Jr. ; O Globo parle de « deux psychiatres ».
Le mot « psychopathe », très présent dans la presse, n'est rattaché à aucun examen publié : O Globo écrit seulement que « beaucoup de spécialistes » le définiraient ainsi. Une communication de la faculté de droit de l'Universidade do Vale do Paraíba (2023) lui attribue un trouble de la personnalité antisociale « selon des spécialistes », en renvoyant à l'ouvrage d'Ilana Casoy, sans nommer d'expert ni citer d'examen.
Parcours documenté
Il est né en 1954 dans une ferme de Santa Rita do Sapucaí. Presque tout ce que l'on sait de son enfance vient de ses propres entretiens, repris par la presse : un père violent envers sa mère, le travail dès le plus jeune âge, une fugue vers neuf ans. Il serait né avec une lésion du crâne consécutive à ces violences ; aucune des sources consultées ne s'appuie sur un document médical. Il n'a jamais été scolarisé et a appris à lire en prison, selon O Globo et le Diário do Nordeste.
Arrêté le 24 mai 1973, à dix-huit ans, il a passé en détention l'essentiel de sa vie d'adulte. La criminologue Ilana Casoy, qui l'a rencontré, évoque seize années d'isolement à Taubaté, un régime qui serait selon elle « totalement contraire à la loi » aujourd'hui. Aucun lien de cause à effet n'est établi entre ce parcours et les faits.
Ce qu'il a dit de lui-même
Les propos qui suivent sont ceux de l'auteur des faits ; ils sont à lire avec prudence. En 1986, dans un entretien à O Estado de S. Paulo cité par CNN Brasil, il disait n'éprouver aucun regret et tuer ceux qui se mettaient en travers de son chemin. En 2018, à Folhapress, il déclarait ne pas regretter les homicides, mais d'être « entré dans le crime », et souhaitait ne plus être appelé par son surnom.
Il affirmait avoir tué plus de cent personnes, dont quarante-sept en prison, et seulement des gens qui, à ses yeux, « ne valaient rien » : ces chiffres et ce prétendu code sont les siens. Selon Época, repris par O Globo, il arborait pourtant en détention un tatouage affirmant qu'il tuait « par plaisir ». Il disait aussi avoir tué son père pour venger sa mère. O Globo relève qu'il avait donné auparavant à un psychiatre une tout autre version de cette mort, et le journaliste Ullisses Campbell, cité par Wikipédia, soutient que cet homme serait mort des années plus tard, en prison, de maladie.
Lectures criminologiques
La justice a retenu des homicides, commis pour la plupart en milieu fermé, contre des codétenus. Ilana Casoy, auteure d'un ouvrage sur les tueurs en série jugés au Brésil, refuse le mot de « justicier » et parle d'un « vengeur » : quand quelqu'un enfreignait son code personnel, dit-elle à Folhapress, il appliquait des solutions « qui ne suivent pas la loi », et ses victimes « n'ont pas eu droit à un avocat, comme lui ». Elle voit dans la fascination qu'il exerçait le reflet d'un pays où un homicide sur dix seulement est élucidé. En 2023, sur CNN Brasil, elle ajoutait qu'il avait nourri sa propre légende, « une manière de survivre ».
Deux travaux universitaires partent de son cas. Une monographie de droit de l'Universidade Federal do Rio de Janeiro (Gabrielle Marques, 2019), que nous n'avons lue qu'en partie, étudie la façon dont la justice et les médias ont construit à travers lui la figure du « psychopathe brésilien ». La communication de l'Universidade do Vale do Paraíba plaide pour qu'une mesure de sûreté remplace la prison dans de tels dossiers : c'est une proposition de réforme, non une expertise. Aucune typologie ne lui est appliquée nommément dans ces sources.
Ce qu'on ne sait pas
Le texte du rapport de 1982, son cadre procédural et l'existence d'autres examens, notamment avant les libérations de 2007 et de 2018, restent inconnus ; rien n'indique que la question du discernement ait été plaidée. Les chiffres eux-mêmes sont fragiles : selon Época, repris par O Globo, les registres ne gardaient en 2003 la trace que de dix-huit procédures, un chercheur y décrivant les années 1970 comme un « trou noir » des archives pénitentiaires. Son récit d'enfance et celui de la mort de son père, enfin, ne reposent sur aucune pièce que nous ayons pu lire.
Questions fréquentes
Combien de personnes Pedro Rodrigues Filho a-t-il tuées ?
La justice brésilienne l'a condamné pour soixante et onze homicides : ce sont ses victimes confirmées, selon CNN Brasil, Metrópoles et l'Estado de Minas. Une grande partie de ces homicides ont été commis en détention, contre d'autres prisonniers. Le chiffre de plus de cent victimes, souvent cité, vient de ses propres affirmations et n'a jamais été établi par un tribunal.
Pourquoi a-t-il été libéré malgré des centaines d'années de prison ?
Parce qu'au Brésil, la somme des peines prononcées ne fixe pas la durée de l'enfermement. Le code pénal (article 75) limitait à trente ans la durée d'exécution des peines privatives de liberté ; une nouvelle condamnation pour des faits commis pendant la détention entraîne toutefois un nouveau calcul. C'est ce qui explique qu'il ait passé trente-quatre ans en prison avant sa libération du 24 avril 2007. Le plafond a été porté à quarante ans par une loi de décembre 2019.
Quand et comment Pedro Rodrigues Filho est-il mort ?
Il a été tué le 5 mars 2023, à soixante-huit ans, dans une rue de Mogi das Cruzes, dans la région métropolitaine de São Paulo, par des hommes masqués qui ont pris la fuite. Les faits ont été enregistrés comme homicide aggravé. En novembre 2024, la police civile a mis en cause un suspect présenté comme membre du Primeiro Comando da Capital, placé en détention provisoire en décembre ; deux autres auteurs restaient recherchés, et nous n'avons pas trouvé trace d'un jugement.
L'image de « justicier » que lui ont prêtée certains médias est-elle fondée ?
Non. Cette image repose sur ses seules déclarations, qui présentaient ses victimes comme des coupables. Les sources de presse rapportent aussi des homicides sans rapport avec ce prétendu code, et aucune décision de justice ne valide cette lecture. Pour la justice, il s'agit de soixante et onze homicides, pour la plupart commis contre des détenus placés sous la garde de l'État.
Pour aller plus loin : livres
Sélection informative, sans lien affilié.
- Livre Arquivos Serial Killers: Made in Brazil, Ilana Casoy (DarkSide Books, 355 pages (en portugais) ; nouvelle édition DarkSide Books, collection Crime Scene, 2022, 2014) — Ouvrage de la criminologue brésilienne Ilana Casoy consacré aux tueurs en série jugés au Brésil, publié d'abord sous le titre Serial killers – Made in Brazil ; il traite de ce dossier selon Wikipédia en portugais. Lien non affilié.
- Article Serial killer youtuber? Quem foi Pedrinho, maior assassino em série do Brasil (Correio Braziliense (en portugais), 2023) — Portrait publié au lendemain de sa mort : condamnations, années de détention, nouvelle incarcération de 2011 et activité en ligne. Lien non affilié.
Sources
- Saiba quem foi Pedrinho Matador, assassino em série que foi morto em SP (mars 2023), CNN Brasil
- Oito meses depois, trio que matou Pedrinho Matador continua solto (16 novembre 2023), Metrópoles
- Veja os crimes de Pedrinho Matador, serial killer mineiro morto em SP (5 mars 2023), Estado de Minas
- Polícia de Santa Catarina prende Pedrinho Matador (15 septembre 2011), ND+
- Pedrinho Matador, serial killer brasileiro, morre em rua de Mogi (5 mars 2023), O Diário de Mogi
- Pedrinho Matador é morto a tiros na rua de casa em Mogi das Cruzes (5 mars 2023), Terra
- Pedrinho Matador, natural de Santa Rita do Sapucaí, é morto em SP (5 mars 2023), Terra do Mandu
- Mineiro 'Pedrinho Matador', o maior serial killer do Brasil, é assassinado (5 mars 2023), Correio Braziliense
- Serial killer youtuber? Quem foi Pedrinho, maior assassino em série do Brasil (6 mars 2023), Correio Braziliense
- Serial killer 'Pedrinho Matador' é morto a tiros em São Paulo; polícia investiga o caso (5 mars 2023), Jovem Pan
- Pedrinho Matador: vida do serial killer foi cercada de violência e morte (6 mars 2023), Estado de Minas
- De 'Matador' à morte: quem foi Pedrinho Matador (6 mars 2023), Revista Oeste
- Crimes de 'Pedrinho Matador' acumularam 400 anos de pena; matou 70 pessoas (29 juin 2021), Portal do Holanda
- Pedrinho Matador: saiba quem é o maior serial killer do Brasil e o que ele pensa sobre Lázaro (17 juin 2021), Diário do Nordeste
- “Pedrinho Matador” é executado em São Paulo (5 mars 2023), Diarinho
- Polícia identifica suspeito de matar o serial killer Pedrinho Matador, executado a tiros em SP (9 juin 2023), CartaCapital
- Polícia Civil indicia suspeito de assassinar o serial killer Pedrinho Matador (13 novembre 2024), SBT News
- Polícia diz ter esclarecido assassinato de Pedrinho Matador e indicia membro do PCC (13 novembre 2024), Jornal de Brasília
- Suspeito pela morte de Pedrinho Matador tem prisão preventiva decretada (décembre 2024), O Diário de Mogi
- Decreto-Lei nº 2.848, de 7 de dezembro de 1940 (Código Penal), art. 75, Presidência da República (Planalto)
- Lei nº 13.964, de 24 de dezembro de 2019, Presidência da República (Planalto)
- Arquivos Serial Killers: Made In Brazil (Ilana Casoy, DarkSide, 2014), Portal dos Livreiros
- Pedro Rodrigues Filho, Wikipédia (pt)
- Pedro Rodrigues Filho, Wikipedia (en)
Corrections et mises à jour
- — Section « Profil psychologique » refondue en six rubriques, avec ses sources propres. Chronologie : la date du 10 décembre 2018 donnée pour la seconde libération était celle d'une dépêche de Folhapress qui le disait libre depuis sept mois ; mention rectifiée.
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