UkraineDossier1980-2005Oblasts de Zaporijjia et de Dnipropetrovsk
L'affaire Serhiy Tkatch
De 1980 à 2005, Serhiy Tkatch, né en Sibérie et passé par la police soviétique, a tué des filles et des adolescentes en Crimée puis dans l'est de l'Ukraine, autour de Pavlohrad et de Polohy. Pendant un quart de siècle, ces meurtres n'ont pas été reliés entre eux. Plusieurs ont été attribués à d'autres : neuf hommes ont été condamnés à sa place, l'un d'eux s'est donné la mort en détention, un autre avait quatorze ans. Arrêté en 2005 à Polohy, dans la région de Zaporijjia, Tkatch a été condamné à la réclusion à perpétuité le 23 décembre 2008 par la cour d'appel de la région de Dnipropetrovsk, puis lors de plusieurs autres procès. Trente-sept meurtres ont été établis par la justice. Il est mort en détention à Jytomyr en 2018. L'affaire reste en Ukraine l'exemple le plus cité des aveux obtenus sous la contrainte.
Les faits
Serhiy Tkatch (Sergueï Tkatch en russe) est né le 15 septembre 1952 à Kisseliovsk, une ville minière de la région de Kemerovo, en Sibérie occidentale, selon NV et Interfax-Ukraine. Il a d'abord travaillé dans la police en Sibérie. Les sources ne décrivent pas ce poste de la même manière : l'AFP et NEWSru le présentent comme un ancien enquêteur de police ; NV précise qu'il était technicien en criminalistique dans les années 1970 et qu'il aurait été renvoyé pour avoir falsifié des résultats d'expertise. Selon Wikipédia, il aurait de nouveau exercé comme enquêteur dans la région de Dnipropetrovsk après son installation en Ukraine, ce que nous n'avons pas pu recouper. Arrivé en Ukraine soviétique au début des années 1980, il a ensuite occupé des emplois ouvriers, dans les mines de charbon et l'industrie, selon l'AFP, qui indique aussi qu'il s'était marié quatre fois.
Les meurtres qui lui ont été imputés s'étalent de 1980 à 2005, selon Interfax-Ukraine, NV et Kommersant. Ils ont été commis en Crimée, puis dans les régions de Kharkiv, de Dnipropetrovsk, notamment autour de Pavlohrad, et de Zaporijjia, autour de Polohy, la petite ville où il vivait. Ses victimes étaient des filles et des adolescentes, âgées de neuf à dix-huit ans selon Kommersant, de neuf à dix-sept ans selon LB.ua et RIA Novosti Crimée. La justice a qualifié les faits de meurtres et de tentatives de meurtre, souvent précédés de violences sexuelles. Aucune victime n'est nommée sur ce site.
Comment l'enquête a abouti
L'histoire de l'enquête est d'abord celle de son échec. Pendant vingt-cinq ans, aucun lien n'a été établi entre ces meurtres, commis dans plusieurs régions distinctes. Plusieurs ont été « résolus » par la condamnation d'un autre homme.
Neuf personnes ont ainsi été poursuivies et condamnées pour des crimes que Tkatch avait commis, selon Kommersant, NV et Radio Svoboda ; Babel retient le même chiffre. Les décomptes divergent pourtant : l'AFP parlait en 2008 d'« au moins six » hommes, le Kyiv Post de six en 2012, Gazeta.ua de sept, LB.ua de huit, TSN de dix ; Wikipédia avance le chiffre de quinze, et la fondation juridique ukrainienne DEJURE celui d'au moins dix-huit, sans que ces deux chiffres soient repris par la presse consultée. L'écart tient sans doute à ce que certains titres ne comptent que les condamnations définitives, d'autres toutes les personnes poursuivies ; nous retenons le chiffre de neuf, le plus souvent cité. Les parcours, détaillés par NV, sont d'une grande diversité. Un père de famille, accusé du meurtre de sa propre fille, s'est donné la mort en détention ; Kommersant et Babel indiquent que deux des condamnés sont morts en prison. Un homme condamné en 1997 s'est vu infliger la peine de mort, réduite ensuite à dix ans, qu'il a purgés, selon NV ; TSN date cette condamnation de 1987. D'autres ont accompli des peines de quatre à quinze ans ; un homme a passé sept ans et demi en prison avant d'être acquitté, et n'a été libéré qu'en mars 2012, selon NV et le Kyiv Post ; un autre, atteint d'un handicap mental, a été interné trois ans en hôpital psychiatrique. Selon l'AFP, l'un d'eux, sorti après huit ans, s'est retrouvé sans domicile.
Le cas le plus documenté est celui d'un adolescent de quatorze ans de la région de Zaporijjia, condamné en 2002 à quinze ans de privation de liberté pour le meurtre d'une enfant de sa famille. Selon le récit de sa mère rapporté par NEWSru.com le 1er mars 2011, ses aveux auraient été obtenus au terme de deux jours sans sommeil, sous la menace de coups et d'une arme, et de représailles contre ses parents. Après l'arrestation de Tkatch, le parquet régional a d'abord continué de défendre cette condamnation, selon NEWSru. La Cour suprême d'Ukraine ne l'a annulée qu'à la fin de 2010, et le jeune homme a été libéré fin janvier 2011, après plus de huit ans de détention. L'ordre de libération a été signé par Anatoli Chaïda, enquêteur du parquet général chargé du dossier Tkatch.
L'arrestation elle-même est survenue en 2005 à Polohy. Selon NV, des survivantes avaient permis d'établir des portraits-robots bien avant cette date ; selon un second article de NV, c'est une série de trois faits commis en peu de temps, dont deux agressions successives à Polohy, qui a conduit les enquêteurs jusqu'à lui. Kommersant précise qu'il a été interpellé à son domicile. Wikipédia et Focus situent l'arrestation en août 2005, Gazeta.ua en novembre. Wikipédia rapporte qu'il aurait été reconnu par des enfants lors des obsèques de l'une de ses victimes ; ce détail, repris de la presse britannique de l'époque, n'a pas pu être recoupé.
Une fois arrêté, Tkatch a rédigé un grand nombre d'aveux écrits : 80 selon Kommersant, 107 selon NV en 2018 et RIA Novosti Crimée, plus de soixante en deux jours et plus de cent en une semaine selon NV en 2021. Il affirmait avoir tué une centaine de personnes. Le travail des enquêteurs du parquet général a consisté à vérifier chacun de ces récits contre les dossiers anciens, y compris ceux qui avaient déjà abouti à une condamnation. Tous n'ont pas pu être établis : selon l'enquêteur Anatoli Chaïda, cité par Kommersant, certaines victimes de violences n'avaient jamais porté plainte. Kommersant recensait en 2011 cinquante-cinq crimes établis, meurtres et tentatives confondus.
Chronologie de l'affaire
- Naissance de Serhiy (Sergueï) Tkatch, en Sibérie occidentale.
- Premier meurtre retenu par l'enquête, commis en Crimée selon RIA Novosti Crimée, d'après Interfax-Ukraine, Kommersant et NV ; UNIAN et LB.ua font partir de 1984 les faits jugés en 2008.
- Après avoir quitté la police en Sibérie, il s'installe en Ukraine soviétique, au début des années 1980 selon Interfax-Ukraine (en 1982 selon Wikipédia).
- Un homme est condamné pour l'un des meurtres de Tkatch ; d'abord condamné à mort, il voit sa peine ramenée à dix ans de prison et la purge, selon NV et NEWSru. TSN date cette condamnation à mort de 1987 et fait état de neuf ans et demi de détention.
- Un homme accusé à tort du meurtre de sa propre fille se donne la mort en détention (année indiquée par NV).
- Un adolescent de quatorze ans est condamné à quinze ans de privation de liberté pour un meurtre commis par Tkatch, sur la foi d'aveux obtenus sous la contrainte selon sa famille.
- Arrestation de Serhiy Tkatch à son domicile, après plusieurs agressions commises en peu de temps à Polohy, en août selon Focus et Wikipédia, en novembre selon Gazeta.ua. Il rédige des dizaines d'aveux écrits.
- La cour d'appel de la région le condamne à la réclusion à perpétuité. Le nombre de faits retenus varie selon les sources : vingt-neuf meurtres et onze tentatives (AFP, Interfax-Ukraine, Kyiv Post), trente-six meurtres et tentatives (UNIAN, LB.ua).
- Deuxième condamnation à la réclusion à perpétuité, selon Kommersant.
- La Cour suprême d'Ukraine annule la condamnation de l'adolescent jugé en 2002 ; il est libéré fin janvier 2011, après plus de huit ans de détention.
- Troisième condamnation à perpétuité. Le même mois, trois agents de la police criminelle de la région de Zaporijjia sont arrêtés, soupçonnés de torture et de falsification, selon Kommersant.
- Mort de Serhiy Tkatch, à soixante-six ans, dans la colonie pénitentiaire n° 8, d'une défaillance cardiaque selon Interfax-Ukraine, NV, LB.ua et Babel ; il meurt le 4 novembre selon Interfax-Ukraine, NV et UNIAN, le 5 selon LB.ua, Babel et Gazeta.ua. Il est inhumé le 7 novembre sans qu'aucun proche n'assiste à l'enterrement, selon UNIAN.
Fiche de l'auteur
Serhiy Tkatch
Ancien technicien en criminalistique de la police soviétique, condamné au terme de plusieurs procès pour trente-sept meurtres étalés sur vingt-cinq ans ; il affirmait en avoir commis une centaine. Au moins neuf personnes, selon la plupart des sources, avaient été condamnées à tort avant son arrestation.
Les lieux liés à l'affaire
- Kisseliovsk, région de Kemerovo (Russie) — Naissance de Serhiy Tkatch (15 septembre 1952)
- Crimée — Premiers faits qui lui ont été imputés, selon Kommersant, Interfax-Ukraine et RIA Novosti Crimée
- Pavlohrad, oblast de Dnipropetrovsk — Secteur où ont été commis nombre des meurtres jugés ; un livre du souvenir des victimes y a été publié en 2010
- Polohy, oblast de Zaporijjia — Ville où il vivait ; derniers faits et arrestation (2005)
- Dnipro (alors Dnipropetrovsk) — Cour d'appel de la région : condamnation à perpétuité du 23 décembre 2008
- Jytomyr — Colonie pénitentiaire n° 8, où il meurt le 4 novembre 2018
Le procès et le verdict
Le premier procès s'est tenu devant la cour d'appel de la région de Dnipropetrovsk, qui jugeait alors en premier ressort les crimes les plus graves. Le 23 décembre 2008, sous la présidence du juge Serhiy Volochko, elle a condamné Serhiy Tkatch, alors âgé de cinquante-six ans, à la réclusion à perpétuité. Les comptes rendus ne donnent pas le même décompte : vingt-neuf meurtres et onze tentatives selon l'AFP et Interfax-Ukraine, vingt-neuf meurtres selon le Kyiv Post ; trente-six meurtres et tentatives de meurtre, commis dans les régions de Zaporijjia et de Dnipropetrovsk, selon UNIAN et LB.ua, qui rapporte que le juge a précisé que quatre autres meurtres n'avaient pas été prouvés à l'audience. Il a aussi été reconnu coupable de violences sexuelles et de vols commis au préjudice des victimes. La cour a accordé plus de 370 000 hryvnias de dommages et intérêts aux proches de trois victimes, selon UNIAN.
Interrogé par l'AFP, le juge Volochko a déclaré que personne n'avait pu déterminer les mobiles de l'accusé, dont les explications restaient confuses. L'expertise psychiatrique l'avait déclaré responsable de ses actes, selon Radio Svoboda, en 2008 comme en 2018, et Focus. L'accusé avait annoncé un pourvoi devant la Cour suprême, selon UNIAN.
D'autres procès ont suivi pour des faits jugés séparément : une deuxième condamnation à perpétuité en 2009, une troisième en juin 2011, selon Kommersant, qui annonçait en octobre 2011 un nouveau procès pour six faits supplémentaires. Au total, NV fait état de quatre peines de perpétuité et de trente-sept meurtres établis par la justice : c'est le chiffre des victimes confirmées retenu sur ce site. Serhiy Tkatch est mort en détention en novembre 2018.
Ce que l'affaire a changé
Nous n'avons trouvé aucune réforme législative ukrainienne directement attribuable à l'affaire Tkatch. Son effet a été ailleurs : elle a rendu publique, à une échelle inédite, la pratique des aveux extorqués par la milice ukrainienne, et elle est depuis citée comme l'exemple de référence dans le débat ukrainien sur les erreurs judiciaires.
Les révisions ont été lentes et partielles. Selon NV, cinq condamnations ont été annulées. Plusieurs hommes avaient déjà purgé l'intégralité de leur peine, et deux étaient morts en détention. Le cas de l'adolescent condamné en 2002 montre la résistance de l'institution : plus de cinq ans se sont écoulés entre l'arrestation du véritable auteur et l'annulation par la Cour suprême. En 2011, sa famille a annoncé son intention de saisir la Cour européenne des droits de l'homme pour obtenir réparation, selon NEWSru ; nous n'avons pas trouvé trace de l'issue de cette démarche.
Des policiers ont été poursuivis. En juin 2011, trois agents de la police criminelle de la région de Zaporijjia ont été arrêtés, soupçonnés de torture et de faux en écriture publique, selon Kommersant. Les condamnations prononcées en 2012 sont rapportées de façon divergente : cinq policiers condamnés à cinq ans d'emprisonnement avec sursis selon NV ; trois, condamnés le 3 avril 2012 à trois ans avec sursis et exclus de la police, selon le Kyiv Post ; trois officiers, deux colonels et un lieutenant-colonel, condamnés à cinq ans et libérés à l'audience après un peu plus d'un an de détention provisoire, selon TSN.
Enfin, l'affaire a laissé une trace mémorielle : en 2010, un livre du souvenir consacré aux victimes, préparé par leurs proches, a été publié à Pavlohrad, selon Radio Svoboda.
Profil psychologique : ce que disent les experts
Expertises judiciaires
Une expertise psychiatrique a été conduite pendant l'instruction : en octobre 2007, l'édition ukrainienne de la Komsomolskaïa Pravda en rapportait déjà la conclusion, celle d'un homme responsable de ses actes. Une expertise psychiatrique dite « complexe » a ensuite été ordonnée par la cour d'appel de la région de Dnipropetrovsk au cours du procès, selon NEWSru.com et Radio Svoboda ; l'accusé s'était un temps comporté de manière inadaptée à l'audience, selon Radio Svoboda. Les médecins ont conclu qu'il était psychiquement sain et capable de répondre de ses actes. La question de l'irresponsabilité pénale a donc été examinée, puis écartée : la cour l'a jugé responsable et l'a condamné à la réclusion à perpétuité le 23 décembre 2008.
Les noms des experts commis par la cour ne figurent dans aucune des sources que nous avons pu lire, et le rapport n'a pas été publié. Ce verdict tranche la culpabilité et la responsabilité ; il ne vaut pas diagnostic médical.
Diagnostics publiés
Aucun diagnostic psychiatrique au sens strict n'a été rendu public. Selon la Komsomolskaïa Pravda d'Ukraine, les experts auraient relevé des traits de personnalité, non une maladie : un égocentrisme très marqué, une froideur émotionnelle, une grande susceptibilité, un caractère vindicatif, auxquels s'ajoutait une dépendance à l'alcool. Le psychiatre Vladimir Golovotchouk, que l'édition russe du même journal présente comme ayant pris part à l'expertise, y déclarait le 18 octobre 2007 que Tkatch avait conscience de ses actes et ne relevait d'aucun traitement. Il parlait à son propos d'un « syndrome d'Érostrate », celui de l'homme qui commet un crime pour se rendre célèbre. C'est une image employée devant un journaliste, non une catégorie diagnostique ; elle repose sur ce seul entretien, repris ensuite par d'autres titres.
Aucun diagnostic de paraphilie issu de l'expertise judiciaire n'a été publié à notre connaissance.
Parcours documenté
Né le 15 septembre 1952 à Kisseliovsk, ville minière de la région de Kemerovo, Serhiy Tkatch aurait grandi dans une famille nombreuse, d'un père mineur, selon Lenta.ru. Adolescent, il pratiquait l'haltérophilie, selon NV, NEWSru.com et Lenta.ru. Il a fait son service militaire comme technicien géodésien, selon NV ; Lenta.ru rapporte qu'il aurait ensuite tenté d'entrer à l'école navale de Sébastopol et en aurait été écarté par la commission médicale. Entré dans la police de sa région, il y a été formé à la criminalistique, puis a dû quitter le service après une falsification, de documents selon NEWSru.com et Lenta.ru, de résultats d'expertise selon NV ; Lenta.ru date ce départ de 1979. Il se serait mis à boire après ce renvoi, selon Gazeta.ua et Lenta.ru.
Ces éléments viennent de la presse, non d'un jugement publié ; aucun lien de cause à effet n'est établi avec les crimes.
Ce qu'il a dit de lui-même
Les propos qui suivent sont ceux de l'auteur des faits ; ils sont à lire avec prudence. Dans un entretien accordé en octobre 2007 à la Komsomolskaïa Pravda d'Ukraine, à la maison d'arrêt de Dnipropetrovsk, Tkatch a présenté la vengeance comme son « principal mobile » : contre la police qui l'avait écarté, contre une femme qui l'avait éconduit, contre la société. Il s'y décrivait comme « une bête, non un homme » et disait n'éprouver aucun remords. Il a aussi affirmé avoir voulu démontrer l'incompétence des enquêteurs, selon NV, NEWSru.com et Lenta.ru.
Devant la cour, ses explications ont changé : il a d'abord parlé d'une vengeance contre les femmes, ses épouses l'ayant selon lui maltraité, puis de la recherche d'un plaisir sexuel, a rapporté le juge Serhiy Volochko à l'AFP. Dans un entretien de 2006 cité par NV, il disait n'avoir « pas voulu tuer », puis s'y être « habitué » ; il assurait avoir téléphoné à la police après le premier meurtre sans être cru, ce que rien ne permet de vérifier. Les chiffres qu'il avançait, de quatre-vingts à cent victimes selon l'AFP, sont eux aussi des propos de l'auteur des faits, non établis.
Lectures criminologiques
La justice a retenu des meurtres et des tentatives de meurtre, accompagnés de violences sexuelles et de vols. Elle n'a pas retenu de mobile : le juge Volochko a déclaré à l'AFP que personne n'avait pu déterminer ce qui l'avait poussé à agir. Quant au mode opératoire, l'AFP et Gazeta.ua relèvent qu'il se servait de son ancien métier pour égarer les recherches. Plusieurs récits y voient l'explication de sa longue impunité ; c'est une hypothèse, non une conclusion d'expert : des enquêtes closes par des aveux contestés avaient aussi cessé de chercher le véritable auteur.
Aucune typologie criminologique ne lui a été appliquée nommément dans les sources consultées, au-delà des deux lectures citées plus haut, et nous n'avons trouvé aucune étude universitaire consacrée à cette affaire. Voir notre article sur le profilage criminel.
Ce qu'on ne sait pas
Le mobile reste indéterminé : les explications ont varié avec les interlocuteurs et aucune n'a été retenue par la cour. Le contenu de l'expertise n'est connu que par des comptes rendus de presse ; on ignore si elle a posé un diagnostic de trouble de la personnalité ou de paraphilie. Lenta.ru rapporte, sans citer sa source, qu'il aurait été suivi par un psychiatre dans l'enfance, ce que nous n'avons pas pu recouper. L'écart entre les trente-sept meurtres établis et la centaine qu'il revendiquait n'a jamais été comblé.
Questions fréquentes
Combien de victimes a fait Serhiy Tkatch ?
Trente-sept meurtres ont été établis par la justice au terme de plusieurs procès, selon NV : ce sont ses victimes confirmées. Le premier verdict, en décembre 2008, portait sur vingt-neuf meurtres et onze tentatives selon l'AFP, sur trente-six meurtres et tentatives selon UNIAN. Tkatch affirmait avoir tué une centaine de personnes ; ces déclarations n'ont pas été établies.
Comment Serhiy Tkatch a-t-il été arrêté ?
Il a été arrêté en 2005 à son domicile de Polohy, dans la région de Zaporijjia, après plusieurs agressions commises en peu de temps dans cette ville, selon Kommersant et NV. Des survivantes avaient permis d'établir des portraits-robots. Une fois arrêté, il a rédigé des dizaines d'aveux écrits : 80 selon Kommersant, plus de cent selon NV.
Combien d'innocents ont été condamnés à la place de Serhiy Tkatch ?
Neuf personnes ont été poursuivies et condamnées pour des crimes qu'il avait commis, selon Kommersant, NV, Radio Svoboda et Babel ; les décomptes varient toutefois d'un titre à l'autre, de six hommes selon l'AFP et le Kyiv Post à dix selon TSN, et une fondation juridique ukrainienne, DEJURE, en avance au moins dix-huit. L'un s'est donné la mort en détention, un adolescent de quatorze ans a passé plus de huit ans en prison, un autre avait été condamné à mort avant que sa peine ne soit réduite. Plusieurs condamnations ont ensuite été annulées. Ces affaires reposaient souvent sur des aveux obtenus sous la contrainte.
Quand Serhiy Tkatch est-il mort ?
Il est mort le 4 novembre 2018 selon Interfax-Ukraine, NV et UNIAN (le 5 selon LB.ua et Babel), à soixante-six ans, dans la colonie pénitentiaire n° 8 de Jytomyr, où il purgeait sa peine de réclusion à perpétuité. Interfax-Ukraine, NV, LB.ua et Babel attribuent le décès à une défaillance cardiaque. Il a été inhumé le 7 novembre 2018 sans que personne ne réclame le corps.
Pour aller plus loin
Sélection informative, sans lien affilié.
- Article 37 жертв, чотири « довічних ». Ким був Сергій Ткач (37 victimes, quatre perpétuités : qui était Serhiy Tkatch) (NV, 12 novembre 2021 (en ukrainien)) — La synthèse la plus complète en ligne, avec le parcours des neuf hommes condamnés à tort. Lien non affilié.
- Article Killer who took lives of 29 girls and young women gets life (France 24 (AFP), 24 décembre 2008 (en anglais)) — La dépêche publiée au lendemain du verdict de Dnipropetrovsk. Lien non affilié.
- Article Innocent Man Spends 7 Years In Prison (Svitlana Tuchynska) (Kyiv Post, 12 avril 2012 (en anglais)) — Reportage sur la libération tardive d'un homme condamné à tort et sur le procès des policiers mis en cause. Lien non affilié.
- Article Довічні вироки: Україна має повернути свободу несправедливо засудженим (Fondation DEJURE, 16 juin 2021 (en ukrainien)) — Analyse d'une fondation juridique ukrainienne sur la révision des condamnations, qui prend l'affaire Tkatch comme exemple. Lien non affilié.
Sources
- Article sur la libération d'un adolescent condamné à tort (1er mars 2011), lien non reproduit pour protéger l'identité d'une victime mineure, NEWSru.com
- Killer who took lives of 29 girls and young women gets life (AFP, 24 décembre 2008), France 24
- « Пологовский маньяк » получил пожизненное (23 décembre 2008), UNIAN
- Тела минувших дней (4 octobre 2011), Kommersant-Ukraine
- Серийный убийца, известный как « пологовский маньяк », умер в тюрьме (8 novembre 2018), Interfax-Ukraine
- Умер пологовский маньяк. Он убивал 25 лет, а вместо него осуждали невиновных (8 novembre 2018), NV
- Помер один з найжорстокіших серійних убивць України (8 novembre 2018), Radio Svoboda
- 37 жертв, чотири « довічних ». Ким був Сергій Ткач (12 novembre 2021), NV
- Serhiy Tkach, Wikipedia (en)
- Серійного вбивцю Сергія Ткача засудили до довічного ув'язнення (23 décembre 2008, en ukrainien), Radio Svoboda
- Innocent Man Spends 7 Years In Prison (Svitlana Tuchynska, 12 avril 2012, en anglais), Kyiv Post
- Пологівський маніяк, на рахунку якого десятки життів, помер від серцевої недостатності (7 novembre 2018, en ukrainien), LB.ua
- З'явилися подробиці смерті « пологівського маніяка » – одного з найжорстокіших серійних вбивць України (8 novembre 2018, en ukrainien), UNIAN
- В тюрьме умер « пологовский маньяк » Сергей Ткач. Он заявлял, что убил более 100 женщин (8 novembre 2018, en russe), Babel
- Первую из 37 жертв убил в Крыму : в тюрьме умер « пологовский маньяк » (8 novembre 2018, en russe), RIA Novosti Crimée
- Замість маніяка посадили семеро невинних (Olha Vaskiv, 11 décembre 2018, en ukrainien), Gazeta.ua
- Довічні вироки: Україна має повернути свободу несправедливо засудженим (16 juin 2021, en ukrainien), Fondation DEJURE
- Впивався « величчю » : як найнебезпечніший маніяк в історії України 25 років водив за ніс слідство (Kostiantyn Ponomarov, 13 décembre 2025, en ukrainien), Focus
Corrections et mises à jour
- — Section « Profil psychologique » refondue en six rubriques, avec ses sources propres.
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