FranceNotice1876–1879Paris · Île-de-France
Victor Prévost
En bref. Victor Prévost (1836-1880) : 2 victimes confirmées en France (Paris) entre 1876 et 1879. Condamné à mort par la cour d’assises de la Seine le 8 décembre 1879 pour deux assassinats ; guillotiné à Paris le 19 janvier 1880.
- Statut
- Exécuté (19 janvier 1880)
- Naissance
- 1836
- Période d'activité
- 1876–1879
- Victimes confirmées
- 2
- Verdict
- Condamné à mort par la cour d’assises de la Seine le 8 décembre 1879 pour deux assassinats ; guillotiné à Paris le 19 janvier 1880
Gardien de la paix à Paris, il a été confondu en 1879 pour l'assassinat d'un bijoutier, puis pour celui d'une femme commis quelques années plus tôt dans le même quartier. L'affaire a eu un grand retentissement parce que l'assassin était un policier en service. Son cerveau a ensuite été étudié par l'anthropologue Paul Broca.
Surnom donné par la presse : « Le boucher de la Chapelle ». Affaires closes ne l'emploie pas comme titre.
Le contexte
Victor-Joseph Prévost est né en 1836 à Mormant, en Seine-et-Marne ; les sources divergent sur le jour exact de sa naissance. Ancien apprenti boucher, il a servi dans les cuirassiers puis dans l'escadron des cent-gardes, l'unité de cavalerie chargée de la garde personnelle de Napoléon III. Entré dans la police municipale parisienne en 1869 ou 1870 selon les sources, il était en 1879 gardien de la paix au poste de la rue de l'Évangile, dans le quartier de la Chapelle (18e arrondissement). Âgé de 44 ans au moment de son procès, selon la presse de décembre 1879, il vivait rue Riquet, dans le même quartier. C'est cette double identité, celle d'un agent en uniforme qui patrouillait les rues mêmes où il avait tué, qui a donné à l'affaire son retentissement.
L'enquête et l'arrestation
L'affaire commence en septembre 1879 par la disparition d'Alexandre Lenoble, courtier en bijouterie âgé de 38 ans. Le 9 septembre, selon Wikipédia, une habitante du quartier de la Chapelle signale un homme au comportement suspect ; la victime est retrouvée, et Prévost est arrêté presque aussitôt. Les sources donnent pour l'assassinat et l'arrestation des dates qui varient d'un ou deux jours, entre le 8 et le 11 septembre 1879.
L'enquête ne s'est pas arrêtée là. En perquisitionnant, les policiers ont découvert des objets ayant appartenu à Adèle Blondin, une femme avec qui Prévost avait entretenu une liaison et qui avait disparu en février 1876 ; selon Wikipédia, elle aurait été tuée le 27 février 1876, chez lui, alors qu'elle venait de recevoir un héritage. Confronté à ces éléments, Prévost a reconnu ce second assassinat, commis trois ans et demi plus tôt sans qu'aucune enquête n'ait abouti. Ces aveux portent à deux le nombre de victimes confirmées.
Le procès et le verdict
Le procès s'est tenu devant la cour d'assises de la Seine, sous la présidence du conseiller Hardoin. L'affaire avait été annoncée dans la presse comme « fixée au 8 décembre » 1879, date que retient Wikipédia en français ; la version anglaise de l'encyclopédie indique le 7 décembre. Reconnu coupable de deux assassinats suivis de vol, Prévost a été condamné à mort à l'issue d'une seule journée d'audience. Son pourvoi en cassation a été rejeté en décembre 1879 (le 26 selon Le Droit et Wikipédia en anglais, le 30 selon Wikipédia en français), et le président Jules Grévy a refusé sa grâce.
Victor Prévost a été guillotiné le 19 janvier 1880, vers 7 heures du matin, devant la prison de la Grande Roquette, à Paris. Les journaux du 20 et du 21 janvier (La Presse, Le Rappel, La Lanterne) relatent l'exécution : c'était la première exécution parisienne conduite par Louis Deibler, nouvel exécuteur en chef. Moins de quatre mois avaient séparé l'arrestation de l'exécution.
La place de l'affaire
Le cas a durablement embarrassé la préfecture de police : un gardien de la paix, ancien soldat d'une unité d'élite, avait commis deux assassinats dans son propre secteur. La presse de l'époque, abondante, a interrogé le recrutement des agents, et l'image de « l'agent assassin » a circulé jusque dans l'estampe populaire, comme en témoignent les collections du musée Carnavalet. Des mémoires de policiers, comme ceux de Gustave Macé (1893) puis d'Ernest Raynaud (1923), revenaient encore sur l'affaire des décennies plus tard.
Son autre postérité est scientifique. Le corps a été remis à la faculté de médecine de Paris, et l'anthropologue Paul Broca a publié en 1880 une étude du cerveau de Prévost devant la Société d'anthropologie de Paris. Ce texte s'inscrit dans les débats de l'époque sur les causes biologiques du crime, préludes de l'anthropologie criminelle ; il est aujourd'hui étudié par les historiens de la justice et de la médecine comme un document sur ces théories, abandonnées depuis, plus que sur le criminel lui-même. Voir aussi l'article Le premier tueur en série français et les autres affaires du hub France.
Sources
- Criminocorpus, revue d'histoire de la justice — La cervelle du gardien de la paix
- Gazette des tribunaux — Cour d'assises de la Seine, audience du 8 décembre : affaire du gardien de la paix Prévost, numéro des 8 et 9 décembre 1879 · Chronique, Paris, 26 décembre : rejet des pourvois par la Cour de cassation, numéro des 26 et 27 décembre 1879
- Le Temps — Affaire Prévost, cour d'assises de la Seine, audience du 8 décembre, numéro daté du 9 décembre 1879, p. 3 · Affaire Prévost, suite et verdict, numéro daté du 10 décembre 1879, p. 3 · Affaire Prévost, cour d'assises de la Seine, audience du 8 décembre, 10 décembre 1879, p. 2 · Exécution de Prévost, numéro daté du 20 janvier 1880, p. 2 · Exécution de Prévost, 20 janvier 1880, p. 2
- Persée — Paul Broca, Le cerveau de l'assassin Prévost, Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, 1880
- Criminocorpus — L'affaire Prévost. Le gardien de la paix… (Avignon, 1880)
- Paris Musées (musée Carnavalet) — Le gardien de la paix assassin, estampe de 1879
- Roger-Viollet — Exécution de Prévost
- La Presse (20 janvier 1880), Le Rappel, La Lanterne, L'Événement, Le Petit Moniteur universel (21 janvier 1880) — récits de l'exécution de Prévost par Louis Deibler (extraits via la bibliothèque Geneanet, https://www.geneanet.org/fonds/bibliotheque/?go=1&lang=fr&nom=deibler&size=50&periode_type=entre&from=1880&to=1880)
- Le Petit Breton (30 décembre 1879), La France (1er janvier 1880) — Victor-Joseph Prévost, gardien de la paix, 44 ans, condamné à mort en décembre 1879 (extraits via la bibliothèque Geneanet, https://www.geneanet.org/fonds/bibliotheque/?go=1&lang=fr&nom=prevost&prenom=victor&size=50&periode_type=entre&from=1880&to=1880)
Pour se repérer
- Wikipédia — Victor Prévost · Victor Prévost (EN)