IndonésieNotice1986–1997Sumatra du Nord

Ahmad Suradji

Avertissement. Cette notice traite de crimes réels. Elle ne contient aucune image ni description détaillée des sévices, mais son sujet peut heurter.

En bref. Ahmad Suradji (décès en 2008) : 42 victimes confirmées en Indonésie (Sumatra du Nord) entre 1986 et 1997. Condamné à mort le 27 avril 1998 par le tribunal de district de Lubuk Pakam pour le meurtre de quarante-deux femmes et jeunes filles ; fusillé le 10 juillet 2008 à Deli Serdang (Sumatra du Nord), après le rejet de ses recours.

Statut
Exécuté (10 juillet 2008)
Période d'activité
1986–1997
Victimes confirmées
42
Verdict
Condamné à mort le 27 avril 1998 par le tribunal de district de Lubuk Pakam pour le meurtre de quarante-deux femmes et jeunes filles ; fusillé le 10 juillet 2008 à Deli Serdang (Sumatra du Nord), après le rejet de ses recours

Se présentant comme guérisseur, il a tué quarante-deux femmes et jeunes filles venues le consulter, dans une plantation de canne à sucre de Sumatra.

Le contexte

Ahmad Suradji, connu aussi sous les noms de Datuk ou de Nasib, vivait dans le village de Sei Semayang, dans le district de Deli Serdang, à l'ouest de Medan, dans la province de Sumatra du Nord. Il y exerçait comme dukun, c'est-à-dire guérisseur et praticien de la magie traditionnelle, une figure encore très présente dans l'Indonésie rurale, à laquelle des habitants s'adressent pour des questions de santé, d'argent ou de vie sentimentale. Il avait épousé trois sœurs. Son âge exact reste incertain : l'AP lui donnait 57 ans au moment de son exécution, d'autres récits 59. La période des meurtres fait elle aussi l'objet de versions différentes : l'AP évoque une série étalée sur onze ans, jusqu'en 1997, datation reprise par la plupart des synthèses, tandis que l'agence Antara, Detik ou Tirto évoquent des faits commis entre le milieu des années 1980 et 1994.

L'enquête et l'arrestation

L'affaire a éclaté à la fin du mois d'avril 1997, lorsque le corps d'une jeune femme a été découvert dans un champ de canne à sucre proche du village. En rapprochant ce décès de plusieurs signalements de disparition, les policiers ont constaté que les femmes disparues avaient toutes consulté le guérisseur. Selon Tirto, les soupçons se seraient d'abord portés sur le mari de la dernière victime. La perquisition du domicile de Suradji a permis de retrouver des vêtements et des bijoux ayant appartenu à des disparues. Il a été arrêté le 1er mai 1997 selon Antara, le 30 avril selon d'autres sources. Il est passé aux aveux, et les corps de quarante-deux femmes et jeunes filles, âgées d'environ 13 à 27 ans selon la presse indonésienne, ont été retrouvés dans la plantation voisine. Il a affirmé avoir agi pour acquérir des pouvoirs surnaturels, sur l'injonction de son père défunt apparu en rêve, un mobile qui a fortement marqué l'opinion.

Le procès et le verdict

Jugé par le tribunal de district de Lubuk Pakam, Ahmad Suradji a été condamné à mort pour les quarante-deux meurtres le 27 avril 1998 ; Tirto donne la date du 24 avril. Sa première épouse, jugée comme complice, a elle aussi été condamnée à mort, peine ensuite commuée en réclusion à perpétuité. Selon Hukumonline, l'accusation s'était principalement fondée sur l'article 338 du code pénal indonésien, qui réprime le meurtre simple, alors que plusieurs juristes estimaient l'article 340, relatif au meurtre avec préméditation, plus approprié. La cour d'appel de Sumatra du Nord a confirmé la condamnation le 27 juin 1998 et la Cour suprême a rejeté son pourvoi en cassation le 14 septembre 1998 ; selon Antara, une demande de révision a encore été rejetée en 2003. Sa demande de grâce, déposée en 2004, a été refusée par le président Susilo Bambang Yudhoyono fin 2007, le 27 novembre selon Antara, le 27 décembre selon Hukumonline ; une seconde demande n'a pas abouti. Il a été fusillé par un peloton de la brigade mobile de la police de Sumatra du Nord le 10 juillet 2008, vers 22 heures, dans une plantation du sous-district de Galang (Deli Serdang), malgré un appel de dernière minute d'Amnesty International.

La place de l'affaire

Avec quarante-deux victimes retenues par la justice, l'affaire reste l'une des séries de meurtres les plus importantes jugées en Indonésie. Au lendemain de l'exécution, des centaines d'habitants de son village ont bloqué les routes pour empêcher que son corps y soit inhumé ; il a été enterré à la hâte dans un cimetière public situé à plusieurs kilomètres. Le dossier est encore cité par les juristes indonésiens dans les débats sur la qualification des crimes en série et sur l'article 64 du code pénal, relatif aux actes continus, ainsi que dans les discussions sur l'emprise des pratiques de guérison occulte en milieu rural. L'affaire illustre aussi la durée des procédures en Indonésie : dix ans ont séparé la condamnation définitive, acquise en 1998, de l'exécution.

Sources

Pour se repérer

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